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F.Jauffret : « Roland Garros, c’était presque à ma portée » (1/2)

Si vous êtes un amateur de tennis de longue date, son nom vous dit sans aucun doute quelque chose. Avec 35 sélections en Coupe Davis à son compteur, François Jauffret est un joueur emblématique du tennis français. Le Bordelais, aujourd’hui âgé de 71 ans, a accepté de se confier à La Gazette du Tennis. Dans cette première partie, il revient sur sa belle carrière et évoque sa reconversion dans le tennis.

François Jauffret, entre votre record de sélection en Coupe Davis, vos demis-finales à Roland Garros, votre 20ème place mondiale au classement ATP ou encore l’incroyable combat que vous avez livré contre Bjorn Borg en 1976 sur la terre battue parisienne, de quoi êtes-vous le plus fier durant votre carrière ?

C’est un ensemble de choses, tout est uni. Vous ne pouvez pas être 20ème mondial sans faire de performance dans un grand tournoi, en l’occurrence les Internationaux de France. Je n’ai pas plus de fierté pour l’un que pour l’autre, et puis c’est un terme que je n’aime pas. J’ai été très heureux mais aussi déçu de ne pas avoir pu gagner Roland Garros car avec le recul, je me dis que j’ai battu un peu avant les deux joueurs contre qui j’ai perdu en demis. En 1974, je perds contre Orantes que j’ai battu trois semaines avant à Hambourg. En 1966, je perds contre Roche que j’ai battu sur terre battue deux mois avant… Voilà, ce sont des joueurs qui était un peu plus forts que moi et dans ces circonstances, ce sont eux qui m’ont battu.

Donc c’est votre plus grand regret ?

Je ne suis pas quelqu’un qui a des regrets. J’ai fait, pour moi, une excellente carrière, mais si je devais en avoir, ce serait d’être arrivé un peu trop tôt et, effectivement, de pas n’avoir pu gagner Roland Garros, puisque comme je le dis, je me suis rendu compte avec le recul que c’était quelque chose qui était pratiquement à ma portée, notamment quand je vois Panatta, que j’avais battu 7 fois sur 7, qui gagne le tournoi l’année où je perds en cinq sets contre Borg et où lui le bat le lendemain car il était épuisé… J’ai battu sur terre battue Ashe, Smith, Nastase, Connors : tous les grands champions de l’époque mais ce qu’il m’a manqué, c’est d’être là le jour-J. Donc si je devais vraiment avoir un regret, ce serait celui là, mais ça reste quand même une satisfaction générale pour moi.

Comme vous venez de le dire, vous avez accroché à votre tableau de chasse de prestigieux noms comme Roy Emerson, Ilie Nastase, Guillermo Vilas… Quelle est votre victoire la plus marquante ?

Je pense qu’il y en a deux : celle contre Nastase en 1974, que j’ai battu en Coupe Davis chez lui, trois sets à 1, pour le match d’ouverture. A l’époque, il était le n°1 mondial indiscutable sur terre battue. Et la deuxième, c’est quand j’ai battu Emerson à Roland Garros en 1966. Je rajouterai aussi l’Argentine, car j’ai été champion d’Argentine en ayant battu successivement Connors, trois sets à zéro, Emerson, trois sets à zéro, et Franulovic, trois sets à un en finale.

Chez les jeunes, vous avez également brillé avec plusieurs titres de champion de France chez les cadets et les juniors, mais aussi par équipes, puisque vous avez remporté plusieurs fois la Coupe Galéa (championnats d’Europe des 17/18 ans). Dans le tennis actuel, on voit beaucoup de jeunes bloquer au moment de passer chez les « seniors »…

Ce n’est pas qu’ils bloquent, c’est que la situation a totalement évolué. Aujourd’hui, à partir du moment où on veut avoir des ambitions, on peut poursuivre ses études par correspondance, mais, c’est terrible à dire, à un certain niveau, ce n’est plus possible de gérer les études et le tennis. Moi, j’ai connu l’époque amateur, quand j’étais demi-finaliste à Roland Garros en 1966. On ne pouvait pas vivre du tennis, donc je travaillais. En 1974, j’étais directeur commercial d’une société commerciale, et je ne jouais pas toute l’année, loin de là. Et je gagnais beaucoup plus ma vie sur le plan commercial que sur le plan du tennis. Là où j’ai bien gagné, c’est sur les trois-quatre dernières années de ma carrière qui sont devenues professionnelles au sens propre du terme. Je dirais même que j’ai vécu trois générations : l’époque amateur, l’époque semi-amateur, et l’époque professionnelle. A l’époque, il fallait travailler et jouer, sinon on ne pouvait pas vivre. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Par exemple, Mandresy Rakotomala qui fait parti de la ligue du Val-de-Marne que je préside (voir plus bas) a gagné les championnats de France 15/16 ans : maintenant, il va devoir faire un choix. Il est déjà en sport-études par correspondance, et il va falloir qu’il fasse encore du tennis, du physique, de la compétition… Il a un choix à faire, un choix délicat.

Aujourd’hui, comment réagissez-vous en voyant les incroyables sommes que touchent les meilleurs joueurs ?

C’est la vie. Il faut vivre avec son temps et savoir aborder les choses avec sérénité. Je comprends parfaitement, on arrive au 21ème siècle, tout change, il y a une évolution, une modernisation. Donc je prends ça avec sérénité.

Parlons de la Coupe Davis. Une bonne entente au sein du groupe est-elle essentielle pour aller loin dans la compétition ?

Je crois que oui. C’est très difficile de gérer des jeunes dans un sport individuel et je peux dire que depuis des nombreuses années, ça se passe relativement bien en équipe de France, même si on a de temps en temps tendance à dire, quand on perd, que l’ambiance n’était pas bonne, et quand on gagne qu’elle était merveilleuse, et ça quelque soit le sport.

Quel était le contexte de votre première sélection ?

Mon premier match en Coupe Davis, je l’ai joué en double, avec Jean-Noël Grinda contre l’Afrique du Sud. On était menés deux points à zéro et le capitaine de l’époque avait dit : « on fait jouer une équipe fraîche ». Et on avait battu une équipe très forte de l’époque pour ramener le score à 2/1 puis on avait finalement gagné la rencontre le dimanche.

Vos deux frères se sont aussi illustrés dans le tennis en remportant plusieurs titres chez les jeunes. Y a-t-il eu une certaine concurrence entre vous ?

Jamais. Que de l’amitié. Mon frère Jean-Paul a été champion de France cadets, et finaliste du championnat de France juniors. Mon frère Pierre a été champion de France cadets, et champion de France juniors. Et moi j’ai été champion de France cadets, et champion de France juniors. C’est assez exceptionnel, et en plus, les trois auraient pu faire le doublé, mais mon aîné a été battu en finale en juniors.

Quelle est la personne qui vous a le plus marqué durant votre carrière ?

C’est très difficile à dire. J’ai été très marqué par Connors, McEnroe, ou même Rosewall… Mais aussi par des matchs, comme les Evert-Navratilova qui étaient incroyables. Beaucoup m’ont marqué.

Après votre carrière, en quoi était-ce important pour vous de rester dans le milieu du tennis ?

Quand j’ai pris ma retraite, je n’ai pas voulu lâcher le tennis, car ce sport m’a beaucoup apporté. Donc je me suis présenté aux élections pour devenir président de la ligue du Val-de-Marne car je savais que j’avais une possibilité. J’ai été élu très largement et j’en suis à mon troisième mandat. J’ai aussi été directeur technique national et directeur des actions fédérales.

Propos recueillis par Sacha Acco. La deuxième partie sera en ligne dès demain.

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