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« L’ambition d’être le plus beau stade du monde »

Fin septembre, il faisait son entrée au comité directeur de l’ITF, la fédération internationale ; début décembre, il devenait Président du comité de la Coupe Davis. Deux nouvelles fonctions qui venaient s’ajouter à celles de Président de la ligue de tennis de Corse, secrétaire général de la FFT et enfin membre du comité de développement de Tennis Europe : Bernard Giudicelli, 57 ans, est une personnalité ultra-active du paysage tennistique à la fois locale, nationale et internationale. « Mon poste le plus prenant est celui à la FFT. Je dois seconder le Président dans ses tâches d’animation et de coordination » explique t-il. Dans l’entretien qu’il nous accorde, Bernard Giudicelli revient notamment sur le dossier Roland Garros, que lui a confié Jean Gachassin, constate l’état du tennis tricolore et expose, en tant qu’acteur majeur de ces institutions, les intentions de la FFT et de l’ITF. Sans oublier la Coupe Davis, à propos de laquelle il répond aux détracteurs du choix de la Guadeloupe pour recevoir le Canada au premier tour de l’édition 2016 et de l’entrée en vigueur du tie-break au cinquième set.

Guidicelli

Le dossier du nouveau Roland Garros semble pour le moment assez flou pour le grand public, entre les autorisations, l’opposition de certaines associations… Où en est concrètement ce projet, où en sont les travaux ? Quels en sont les principaux enjeux ?

L’enjeu architectural, c’est la beauté et l’espace ; l’enjeu sportif, c’est de rester parmi les meilleurs tournois de la planète mais avec l’ambition d’être le plus beau stade du monde. Comment ? Et bien, en gardant notre âme et en magnifiant notre identité et notre culture. Il nous faut un toit sur le court Chatrier et un autre grand court, plus beau, plus moderne. Nous avons innové avec un « court de verre » qui deviendra à n’en pas douter un monument aussi visité que les serres historiques de Formigé (serres dans le Jardin des Serres d’Auteuil, où le nouveau court doit être construit, NDLR). Il faut l’imaginer entouré par des  espèces végétales par continent sur les quatre côté du court. C’est unique au monde.  Et l’objectif, c’est aussi de donner de l’espace aux joueurs et au public. Aux joueuses et joueurs pour qu’ils aient des conditions optimales pour performer, au public pour qu’il puisse profiter au maximum dans des conditions à la fois confortables et inoubliables de l’expérience Roland Garros, notamment en diminuant les files d’attentes. Quant aux Serres Formigé, il faut marteler qu’elles ne seront pas détruites. Au contraire, nous allons les mettre en valeur et leur donner une image mondiale. Ce « court de verre » sera à la place de serres techniques, sans valeur architecturale. Les travaux ont déjà commencé avec la démolition du CNE, qui laissera place au nouveau bâtiment de l’organisation, et la reconstruction au sud des courts 4 et 5 qui seront agrandis. Nous entretenons un dialogue avec les riverains depuis 5 ans. Certaines associations continuent à s’opposer au projet alors qu’il est conforme au PLU (Plan Local d’Urbanisme) et qu’il va très clairement embellir les serres d’Auteuil. Il appartiendra à la justice de dire le droit.

Comment la Fédération juge t-elle l’état du tennis français aujourd’hui ?

En matière de résultats, on ne peut pas se satisfaire de la situation actuelle. Certes nous sommes la première nation mondiale avec les USA pour les joueurs classés à l’ATP, mais nous n’avons pas gagné de titre majeur depuis très longtemps,  trop longtemps. Sur le plan des effectifs, nous assistons à une lente érosion du nombre de licenciés, bien que le nombre de pratiquants reste élevé. Une étude menée par Tennis Europe montre que la France reste le pays européen où on joue le plus, avec 4 millions de pratiquants. Un licencié européen sur quatre est français. Cela est dû à notre formidable réseau de clubs qui est, avec les bénévoles qui les animent, notre principale force. Plus qu’une satisfaction, ce doit être une prise de conscience.

Quels sont les axes autour desquels travaille actuellement la FFT ? Les grands dossiers ?

Il y a deux axes, le jeu et le club. Sur le jeu, c’est révolutionner la découverte et l’apprentissage de la pratique en les rendant plus ludiques grâce au programme Galaxie Tennis. On sait bien que beaucoup de choses se jouent avant 11 ans. D’ailleurs, une étude réalisée par Sports Marketing Survey sur le tennis français a montré qu’un licencié sur deux avait commencé à jouer avant 18 ans. Avec Galaxie Tennis, le tennis grandit avec l’enfant : la raquette grandit, le court grandit et la balle évolue à la fois par sa taille et son rebond. Sur le club, nous conduisons une expérience avec les clubs de la ligue du Centre et ses six départements : « Tennis en France », afin de tester une nouvelle offre sportive pour les clubs en fonction de leur taille et de leur structure. Faciliter l’accès au jeu par la technologie, trouver facilement des partenaires et un court pour jouer et proposer à chacun le tennis ce qui lui convient : plaisir, forme ou performance, voilà la finalité de l’action qui va se déployer dans d’autres ligues en 2016.

« Il ne faut pas que la Coupe Davis soit vécue comme un poids, une prise de risque »

 

La décision de remplacer Arnaud Clément par Yannick Noah à la tête de l’équipe de France de Coupe Davis a fait couler beaucoup d’encre. Paul-Henri Mathieu a pointé du doigt un souci de communication au sein de la Fédération…

Paulo a raison, c’est l’éternel problème. Mais ça fait aussi une éternité, disais-je, que nous n’avons pas gagné de titre majeur chez les hommes. C’est pourtant une de nos raisons d’être. La communication, c’est la clarté des messages et le positionnement des acteurs. Nous dirigeants, nous devons nous réapproprier le sport. Il est paradoxal que dans nos ligues, les collectivités nous considèrent comme des experts du tennis et qu’au niveau fédéral, les experts soient uniquement la DTN (Direction Technique Nationale). Je considère que chacun doit être à sa place. Il appartient aux dirigeants de fixer le cap, de donner des objectifs, puis de vérifier que le cap est bien tenu et que les objectifs soient atteints. Hors, l’erreur commise depuis des décennies est qu’on confond les objectifs et la finalité, qui est de gagner un majeur ou la coupe Davis. Et de la même façon, on confond les objectifs et les moyens.  Si la finalité c’est d’aller sur la planète Mars, c’est quoi les objectifs ? Vous voyez bien que le message et donc la communication n’est pas le même avec cette optique. Jean Gachassin a déclaré qu’il en avait marre d’entendre parler du potentiel. Moi aussi. Parlons performance et résultats,  la communication n’en sera que meilleure.

Le choix de la Guadeloupe pour recevoir le premier tour de Coupe Davis 2016 France-Canada fait débat. Quels sont vos arguments face aux sceptiques ?

Je suis très enthousiaste à l’idée historique d’organiser la Coupe Davis en Guadeloupe. Mettons-nous à la place de nos compatriotes guadeloupéens, parce que ce sont bien nos compatriotes, qui peuvent vivre toutes ces critiques comme une exclusion. Comment vivriez-vous le fait que d’aller chez vous soit présenté comme une hérésie, une honte, un scandale ? Pour y avoir séjourné souvent lors de mes déplacements professionnels, je connais ces femmes et ces hommes. Ils sont très sensibles. Ils n’oublient rien de l’histoire de leurs ancêtres qui fait que, souvent, ils sont nommés par le prénom de leur ancêtre. Maintenant, posons-nous la question du coût. Savez-vous que chaque année 20 000 licenciés adhèrent aux clubs de la Fédération dans les ligues ultramarines ? Considérons que c’est le cas depuis les années 1980, soit une trentaine d’années que le tennis est le premier sport individuel français. 30 ans à raison de 20 000 licences par an à un prix moyen de 15 €, ça nous donne… 9 000 000 € ! En 30 ans, les ligues d’Outre-Mer ont rapporté à la Fédération Française de Tennis près de 9 millions d’euros. Et alors quoi, nous ne pourrions pas une fois en 100 ans faire ce geste ? Ne soyons pas économes et n’oublions pas que le tennis est un sport qui combine deux dimensions essentielles, séculaires qui en font un sport planétaire : ses dimensions émotionnelles et sociales. Et je fais ce rêve qu’au coin du court, un petit antillais rêve à son tour de jouer la Coupe Davis et la gagne dans 25 ans. Comme Yannick Noah, qui rêva un jour lorsque Arthur Ashe lui tendit une raquette et fit de lui le champion dont nous sommes fiers.

L’ITF, dont vous avez récemment intégré le board, a adopté le tie-break dans le cinquième set dans les rencontres de Coupe Davis. Qu’avez-vous à répondre à ceux qui estiment que cette mesure casse la magie et l’esprit de la Coupe Davis ?

Gagner à l’usure n’est plus vraiment dans l’air du temps. Je leur dirais que la place dans le calendrier de la Coupe Davis a changé. Aujourd’hui, les joueurs sont très sollicités dans un calendrier où ils jouent quasiment toutes les semaines et toute l’année. Il importe de préserver aussi leur intégrité physique pour que la Coupe Davis ne soit pas vécue comme un poids ou, pire, comme un risque pour leur carrière. Je répondrais aussi que poursuivre le jeu en étant à égalité au bout de douze jeux au cinquième set peut obérer la santé d’un joueur qui doit enchaîner sur un tournoi la semaine suivante. Le tie-break au dernier set donne une autre forme de suspens. Une montée brutale d’adrénaline, qui est l’hormone de la performance et la créatrice des plus grandes émotions sportives. Et puis, je dirai que cette fin du match rapide renforce avant tout les meilleurs relanceurs. D’ailleurs, n’est-ce pas le meilleur coup de Djokovic qui domine actuellement le tennis mondial ?

Autour de quels axes travaille actuellement l’ITF ?

Le dossier majeur, c’est l’intégrité du jeu face aux menaces que font peser le dopage et la corruption. Ensuite, il y a bien sûr l’avenir de la Coupe Davis et de la Fed Cup. Ce sont des épreuves formidables mais elles nécessitent d’être modernisées pour répondre aux enjeux du tennis de demain. Je vais m’y employer en tant que Président du comité de la Coupe Davis. Enfin, il y a le développement du tennis dans le monde et le soutien aux fédérations qui ont besoin d’innover et d’acquérir les cinq fondamentaux des nations développées : une compétition, un système de classement, une formation de coaches, une bonne administration et une saine gouvernance. Plus de la moitié des pays membres de l’ITF n’ont aucun joueur classé à l’ATP. Voilà un bel indicateur de performances, non ?

Propos recueillis par Sacha Acco

Crédit photos : FFT (article et Une)

J.-P. Belzit/Corse Matin (encadré)

7 commentaires to "« L’ambition d’être le plus beau stade du monde »"

  1. GERARD dit :

    Discours parfaitement rodé d’un politique qui, parce que le systeme fait que les bénévoles dirigent le sport français, croit que le fait d’etre le seul interlocuteur auprés des collectivités, le place au dessus des professionnels de son sport.
    C’est l’exemple type du probleme principal du sport français en général et du tennis en particulier qui fait que des amateurs sans aucune obligation de résultat dirigent.

  2. GHAN dit :

    OBJECTIF, OBJECTIF….

    Les résultats sont à la hauteur de la structure, 72 tournois pro gagnés en simple hommes en 2015, juste derrière l’Espagne (74).

    Maintenant qu’on ne nous fasse pas croire que c’est grâce à la Fédé qu’on aura un numéro Un mondial.

    Djokovic, est issu d’un pays en guerre, sans fédé organisée, il S’EST PRIS EN CHARGE TOUT SEUL, très jeune pour aller s’entraîner en Italie et en Allemagne.

    Certes Jelena Gencic l’a repéré et conseillé de loin mais elle ne lui a pas mâché le travail.

    La fédé qui coccoone, protège mais en même ne sélectionne que sur des aptitudes techniques et physiques (éviction de Bartoli enfant…), ne produit que de très bons joueurs mais pas des champions car il n’ont pas assez pris leurs responsabilités.

    Quand je vois Tsonga qui ne s’est jamais remis de sa défaite en finale à Melbourne et a pu dire que c’est Djokovic qui a empêché sa carrière de décoller….

    … Je me dis qu’on est loin de l’attitude du même Djokovic en 2010 qui barré par Nadal et Federer n’a pas passé son temps a se justifier mais a agi.

  3. Juanma dit :

    Ce qui se passe est que le tennis est plus difficile ces dernières années. Aucun jeune talent longtemps. Les joueurs sont éliminés avec plus d’années et de la forme physique est meilleure

  4. LUDO dit :

    Un interview qui fait peur! Comment la FFT aide t elle les bénévoles?Nullement.
    Pourquoi Arnaud Clément a été remercié?Parce qu’il voulait se passer de TSONGA pour la campagne 2016 et que nos dirigeants ne l’auraient pas supporter.
    Ce monsieur se dit « expert » du Tennis, je lance un appel aux anciens joueurs: présenter vous à la Fédération et virer moi ces « politicards » qui gangrènent notre sport et notre société.Remettons des valeurs et de l’âme à notre communauté.

    Un passionné de Tennis qui déteste le « no-ad », le super tie-break et le nouveau système de classement français qui ne prend plus en compte les contres-performances…

  5. Patachou dit :

    Mettre en valeur l’architecture du XIXe siècle en la rognant et en ajoutant un cours de tennis… Le discours d’un sophiste.
    On se passerait bien de ce genre d’interventions.

  6. fanchonne dit :

    M. Giudicelli est président de la ligue de Corse depuis plus de 20 ans et aspire désormais au poste de président de la FFT. Système cloisonné, impossibilité de renouvellement dans les ligues. Des postes toujours des postes pour servir des egos boursouflés. Le bénévolat doit être un passage et ne doit pas se transformer en système au service de personnages en quête de reconnaissance sociale. Le fiasco de la candidature de la Guadeloupe interpelle au sujet de l’incompétence de ces gens.

  7. Je suis d’accord avec vous, la fédération ne peut pas, et heureusement d’ailleurs, construire le mental d’un joueur. Tsonga n’a jamais pu franchir le cap mental qui aurait pu faire de lui un numéro un mondial, Djokovic l’a fait et on ressentait dès ses débuts sur le circuit ATP qu’il en serait capable (contrairement à Tsonga, qui est tout de même un excellent joueur)

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