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Mouratoglou, dans l’œil du coach

Patrick Mouratoglou est une sorte de couteau suisse dans le milieu du tennis : passionné, « bien sûr », coach, « avant tout », consultant TV et presse, « désormais », mais encore directeur d’académie et président d’une fondation. Son émission The Coach sur Eurosport est diffusé quotidiennement dans 54 pays pendant les levées du Grand Chelem tandis que son livre, Le Coach, est sorti le 13 mai aux éditions Arthaud. Une actualité riche, donc, pour le coach de Serena Williams avec qui l’on ne pouvait forcément parler que de… coaching. Interview.

Patrick, selon vous, quelle est la place du coach par rapport au joueur ?

Je pense qu’il n’y a pas de règle. Le métier de coach est un métier d’adaptation. Le coach doit prendre la place la mieux adaptée pour permettre au joueur d’atteindre ses objectifs. Je dis toujours que je dois être un caméléon : dans chacune de mes collaborations j’ai enfilé des habits différents.

On dit souvent qu’avoir un passé de joueur professionnel est un atout pour coacher : qu’en pensez-vous ?

Je pense que cela peut être effectivement un atout, mais aussi souvent un handicap. Les joueurs professionnels, si ils ont atteint un bon niveau, ont été totalement centrés sur eux mêmes pendant les trente premières années de leur vie. C’était nécessaire à leur performance et non critiquable. En revanche, devenir coach nécessite de s’oublier totalement au profit de l’élève de se mettre totalement à son service, à savoir la démarche inverse de celle qu’ils ont emprunté la première partie de leur vie. Ce n’est pas simple… Mais en ce qui concerne les aspects positifs, évidemment, les anciens joueurs connaissent très bien le jeu, ont souvent essayé de nombreuses méthodes sur eux-mêmes et comprennent bien le ressenti de leur joueur parce qu’ils ont dû passer par nombre d’étapes similaires.

Quelles sont, pour vous, les principales caractéristiques dont doit être doté un coach pour réussir au haut niveau ?

Il en faut de multiples. Pour citer les principales : il faut avoir une vraie culture du résultat, car notre métier c’est de faire gagner, être un grand communicant, avoir une importante capacité d’analyse, et savoir se remettre en question plutôt que de remettre les autres en question…

« Chaque histoire est un recommencement total »

 

Le travail et l’influence d’un coach semble finalement assez flou pour le grand public : quels sont-ils ?

C’est évidemment une profession de l’ombre, car seul le joueur est sur le devant de la scène. Je pense que si le travail est fait avec justesse et force, l‘influence du coach peut être énorme. Je pense que nous avons la capacité de totalement modifier les trajectoires des joueurs, de faire entrer leur carrière dans une autre dimension. C’est une énorme responsabilité et en même temps fabuleusement motivant.

D’une collaboration à une autre, y a t-il de grandes différences ? Entre les hommes et les femmes par exemple ?

Chaque aventure de coaching est totalement différente de l’autre à tout point de vue. La relation au joueur, le mode de communication employé, le type de jeu, les points forts et faibles… La stratégie à élaborer, puis à mettre en œuvre nécessite des heures d’écoute, d’observation, d’analyse et enfin d’action. Ce qui rend ce métier si passionnant c’est justement que chaque histoire est un recommencement total.

Peut-on dire que chaque coach a sa propre méthode ?

Oui, la majorité des coachs ont une méthode qu’ils appliquent avec chacun, ce qui fonctionne de temps en temps. Lorsque c’est le cas, il est d’ailleurs important de choisir le coach dont la méthode va « coller » aux besoins du joueur. Mais ma conception est tout autre. Notre métier est de nous adapter au client, pas l’inverse. Il s’agit donc pour moi de créer la méthode la mieux adaptée à chacun de mes joueurs.

Vous qui voyagez dans le monde entier, notez-vous une différence entre les coachs français et les coachs étrangers ?

Je pense que chaque pays possède sa culture et une certaine vision du tennis et de l’enseignement, mais pour ce qui concerne les coachs de haut niveau, ils ont des caractéristiques qui transcendent souvent leur culture. La question de l’état d’esprit français dépasse largement le cadre du tennis. Nous vivons dans un pays formidable, riche d’une immense culture mais dans lequel il est mal vu d’être ambitieux ou de réussir. Cet état d’esprit général tire les gens vers le bas, et dans le sport de haut niveau, cela constitue un handicap énorme.

Qu’est-ce qui, dans votre carrière, a été le plus excitant en tant que coach : former et amener un joueur comme Marcos Baghdatis jusqu’en finale d’un Grand Chelem ou gagner de nombreux titres avec une joueuse comme Serena Williams qui avait déjà un grand palmarès avant votre collaboration ?

J’éprouve beaucoup de difficultés à classifier mes collaborations. J’ai pris beaucoup de plaisir dans chacune d’entre elles. Elles m’ont toutes apporté d’immenses satisfactions. La seule chose que je puisse ajouter est que lorsque j’ai débuté ce métier, je rêvais de pouvoir remporter des tournois du Grand Chelem en tant que coach, car c’est ce qu’il y a de plus grand au tennis.

Propos recueillis par Sacha Acco

Crédit photos : Kena Betancur/AFP (Une et article)

Alain Acco (encadré)

10 commentaires to "Mouratoglou, dans l’œil du coach"

  1. Riedinger dit :

    Décidemment, les commentaires de cet « entraineur » sont toujours catastrophiques… partagé entre le fait de ne pas se mouiller et d’expliquer pourquoi il est si fort…
    Rappelons nous de comment il est arrivé à devenir coach et à avoir une académie! c’est ridicule.

  2. vincent dit :

    Bravo pour ton blog Sacha, interview intéressante et pas si langue de bois que cela
    un tout petit bémol : « ma conception est toutE autre « : il faut écrire « tout autre » car  » tout » est un adverbe ( complètement autre ) et non un adjectif.

  3. zurg dit :

    Je partage le même avis que vous sur le personnage et sur comment il y est arrivé (merci papa). En tout cas, il ne brille pas avec ses qualités de gestionnaire quand on regarde les bilans de son académie. Mais il va pouvoir se surpasser avec sa future seconde académie sur la côte d’azur.

  4. kevin dit :

    Que d’âcres propos !
    Son parcours est fascinant et son livre est absolument incroyable : d’une précision, humilité et lucidité hors norme. Le lire montre à quel point une vie peut changer quand on est lucide et volontaire. Sa lecture est incontournable pour tout enseignant de n’importe quel domaine.
    Sachez ne pas passer à côté de tels trésors, ils sont rares.

  5. Lizoue dit :

    Bravo Coach! J’apprécie beaucoup votre franc-parler et vos analyses subtiles. C’est formidable votre passion absolue pour ce sport, votre dévotion et fidélité envers vos joueurs. Je vous souhaite succès succès et succès!

  6. Riedinger dit :

    Quand je lis ça, humilité… analyse subtiles… des livres sur le tennis, y en a quelques uns, et autrement plus interessant (je pense à entrez dans la zone, open…)Bref, chacun son point de vue, mais le sien ne mérite pas d’être relayé dans la presse selon moi.

  7. François dit :

    Vu les commentaires des « rageux » : commentaires catastrophiques,merci papa,… Ca confirme bien ce qu’a déjà justement dit Mouratoglou : le succès rend jaloux et, en France, « il est mal vu d’être ambitieux ou de réussir ». Je pense que, d’une part, ce n’est pas son père qui a coaché Serena Williams mais bien lui-même…jusqu’à preuve du contraire ,-) et, d’autre part, les Français devraient être fiers d’avoir un coach de niveau international!
    Je suis moi-même coach et la réussite de Mouratoglou m’inspire et me donne beaucoup de motivation à continuer à réaliser mes rêves!!!

  8. robchart dit :

    Entièrement d’accord, Vincent, car on peut faire des commentaires sur n’importe qui ou n’importe quoi… tout en respectant la langue française. Cela dit, en se promenant dans les différents forums, on peut voir pire, bien pire que dans ce cas.

  9. robchart dit :

    Ce qui est vraiment ridicule, c’est votre commentaire, Monsieur Riedinger. Serena Williams lui doit beaucoup, et en particulier d’avoir meublé son palmarès dans des proportions respectables ces dernières années. Et ce n’est pas fini!

  10. Riedinger dit :

    Tiens, je viens de retomber la dessus!
    Je ne suis pas envieux et je ne vois pas pourquoi on parle de réussite, je ne connais pas sa vie, a-t-il une femme qu’il aime et qu’il chéri? des enfants heureux auquel de qui il est présent?
    La réussite n’est pas liée à son argent ou au palmarès de Serena selon moi, c’est quelque chose de bien plus profond. J’ai autour de moi des gens qui gagne bcp d’argent et d’autres non mais ce n’est pas lié à leurs « réussite » monsieur. Vous faites des amalgames je pense.

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