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Graf : « C’est bien plus important que le tennis »

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107 titres, 22 Grands Chelems, 377 semaines à la première place mondiale : en quelques chiffres, Steffi Graf côté court. Élégante, posée et presque timide : en quelques mots, Steffi Graf côté coulisses. Vendredi 5 juin, à l’occasion d’un petit-déjeuner à Roland Garros organisé par la marque Longines dont elle est l’ambassadrice, je l’ai rencontré pour La Gazette du Tennis.

« Ma carrière m’a ouvert les yeux »

Autour des jus de fruits et des viennoiseries se baladant le long des tables, Graf s’est d’abord longuement étalée sur sa fondation, Children For Tomorrow. « J’ai beaucoup voyagé à travers le monde pendant ma carrière. Cela m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses, notamment sur tous ces enfants traumatisés par les guerres et les conflits, raconte la championne allemande. A Hambourg, j’ai rencontré un médecin d’université, spécialisé dans les traitements après les traumatismes de guerre, et il m’a présenté des patients à lui. Je ne comprenais pas pourquoi personne ne parlait de ces enfants. Alors j’ai décidé de me servir de ma notoriété comme une plate-forme, et en 1998 j’ai lancé ma fondation ». Chaque année, environ 1000 enfants sont pris en charge dans les centres de la fondation. « Ils ne racontent pas vraiment leur histoire, mais vous pouvez la ressentir. Ils sont si traumatisés qu’ils ont du mal à vous regarder en face » avoue Graf.

Le but ultime pour ces enfants est clair : « les intégrer dans la vie sociale ». Une tâche compliquée pour laquelle se mobilisent psychologues et docteurs. « Régulièrement, d’anciens enfants reviennent, et racontent ce qu’ils sont devenus, se félicite la septuple vainqueur de Wimbledon. Il y a de vraies ‘success stories’, et c’est très enrichissant pour moi d’entendre cela ». Mariée depuis 2001 à André Agassi, un homme « très passionné, qui aime et qui prend soin des gens », l’Allemande est l’heureuse mère d’un garçon, Jaden, et d’une fille, Jaz. « Ils ont beaucoup visité l’école de leur père à Las Vegas, mais encore jamais le cœur de ma fondation à Hambourg. Ils sont parfois plus au courant de ce que font leurs parents maintenant que de ce qu’ils ont fait durant leur carrière ! » rigole celle qui soufflera sa 46ème bougie dans quatre jours. « Avec André, nous nous demandons souvent quelles valeurs voulons-nous et devons-nous réellement transmettre à nos enfants. Il faut rester derrière eux, tout en les laissant prendre les décisions qu’ils ont à prendre ». Étonnant : aujourd’hui, pas de trace particulière de tennis chez les enfants, puisque Jaden se passionne pour le baseball tandis que Jaz est captivée par le hip-hop !

Un œil sur le jeu

Si elle ne joue presque plus au tennis en raison de divers problèmes physiques, Graf garde un œil avisé sur le jeu. « Le tennis féminin marche clairement par cycle. Actuellement, Serena est extrêmement dominante. Mais qu’elle se rapproche de mon record en Grand Chelem (titrée 22 fois, soit sans égal dans l’Ère Open) ne va pas m’empêcher de dormir ! » Élue ‘plus grande joueuse du XXème siècle‘ par un panel d’experts de l’AP, une agence de presse mondiale, l’Allemande a néanmoins du mal à se positionner sur les grands joueurs et leur place dans l’histoire du tennis : « C’est totalement subjectif ! Nadal, Federer, Djokovic, Sampras… Aujourd’hui, qui est capable de dire lequel est le plus fort ? » s’interroge t-elle.

Coach ? Plus heureuse ?

A l’heure où, sur le marché des coachs, la tendance est aux anciennes gloires du tennis, la question s’est alors logiquement invitée dans le débat. « J’ai été sollicitée plusieurs fois, c’est vrai. La fonction de coach me paraît intéressante, mais entre André, mes enfants, ma fondation… Ma vie est très chargée ! concède t-elle. Or, un coach doit s’investir et voyager au moins trente semaines dans l’année pour obtenir des résultats significatifs. Il n’y a pas de ‘non’ facile, mais ma vie est claire, et je suis heureuse comme ça ».

« Heureuse comme ça », c’est exactement le sentiment que l’on ressent lorsque l’on voit Steffi Graf. Après une carrière de plus de 15 ans où « les tournois s’enchaînent sans cesse, [où] la vie est dure et exigeante avec des hauts et des bas compliqués à gérer », l’Allemande dégage maintenant un sentiment de sérénité qu’elle ne dément pas : « Je suis beaucoup plus heureuse maintenant. Pendant ma carrière, je n’avais pas de balance, pas de stabilité ». Une stabilité trouvée, donc, et un constat unanime : « C’était fantastique quand, pendant ma carrière, des gens m’interpellaient pour me dire que je les touchais, que je les inspirais. Mais aujourd’hui, c’est autre chose d’aider les enfants, et c’est bien plus important que le tennis. Maintenant, je peux changer la vie de quelqu’un, et ça, ça a bien plus de sens ».

Propos recueillis par Sacha Acco, à Roland Garros

Crédit photos :  Seb D’Halloye/ Longines (article, Une et encadré)

2 commentaires to "Graf : « C’est bien plus important que le tennis »"

  1. guilard dit :

    Beau témoignage. Merci de votre blog.

  2. anita22 dit :

    Très beau témoignage d’une mère qui en plus d’être une championne qui a marqué le tennis féminin d’une pierre blanche est également une dame engagée qui a un coeur en or massif.

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