« Roland Garros ? Clairement pas le plus innovant » (1/2)

Maître de conférences au sein de l’université d’Aix-Marseille et professeur associé à Kedge Business School, Lionel Maltese est spécialisé dans les domaines du marketing et du management sportif. Sollicité depuis plus de 15 ans sur des tournois tels que l’Open13 de Marseille ou l’Open de Nice, celui qui a, dans le passé, particulièrement travaillé sur l’économie de Roland Garros nous livre aujourd’hui les clés du Grand Chelem parisien dans un entretien en deux parties.

Lionel Maltese

Lionel, peut-on aujourd’hui considérer Roland Garros comme un tournoi attractif ?

Oui, clairement. Tout d’abord parce que c’est un tournoi rare, que l’on peut considérer comme le championnat du monde sur terre battue. Ensuite parce qu’il se déroule dans l’une des villes les plus attractives au monde, touristiquement et économiquement. Il y a d’ailleurs eu une récente étude commandée par la FFT qui démontre que Roland Garros a un impact important sur le plan économique et social, aussi bien sur la région Île-de-France que sur la France entière.

Cette attractivité peut-elle aujourd’hui être augmentée ?

Je pense que oui, en premier lieu vis-à-vis de l’infrastructure. Le stade de Roland Garros est aujourd’hui trop petit par rapport à l’attractivité possible du tournoi, en termes d’accueil qualitatif et quantitatif des publics (médias, spectateurs, partenaires…) et d’accessibilité. Il faut désormais clairement un support plus adapté pour Roland Garros, qui est l’acteur clé de l’écosystème formé par le tennis français.

L’attractivité de Roland Garros est-elle comparable aux trois autres Grand Chelem ?

Au niveau de l’histoire, de l’authenticité, Wimbledon et Roland Garros sortent du lot. Maintenant, il est impossible de véritablement tous les comparer, pour une question de statut : Roland Garros appartient à une fédération, la FFT, qui est publique, et ça n’est pas le cas des trois autres. 80% des revenus générés par Roland Garros sont redistribués au tennis français, alors que pour l’Australie, Wimbledon et l’US Open, les investissements ne concernent que le tournoi, et rien d’autre. Les mettre en concurrence là-dessus est donc impossible.

Le tournoi a t-il besoin de se calquer sur un autre modèle économique ?

Je ne pense pas, Roland Garros a son propre fonctionnement, qui est un système de réversion sur le tennis français. Mais il y a des bonnes idées à prendre de partout : la connaissance du fan de l’Open d’Australie, le respect des traditions de Wimbledon, la fluidité de l’US Open… Économiquement, Paris est vraiment un grand atout. En 2011, lorsque l’on m’avait demandé mon avis sur la question du déménagement éventuel de Roland Garros, j’avais répondu que pour moi, le mieux était de s’installer à Versailles, parce que je pensais que c’était un projet qui permettrait de développer l’économie du site de manière plus importante, par rapport au Château de Versailles et aux espaces encore plus rares et qualitatifs pour créer du business. L’enjeu de la future élection du président de la FFT, car Jean Gachassin ne se représentera pas, sera important : il faudra que la nouvelle direction réussisse à trouver cet équilibre entre le business de Roland Garros et le rôle fédérateur, communautaire et sociétale d’une fédération.

Où se place le tournoi parisien sur le terrain de l’innovation ?

Roland Garros n’est clairement pas le plus innovant des Grand Chelem. Je dirais que l’Open d’Australie et l’US Open, qui ont tout deux changé de site, le sont beaucoup plus. Déjà, si les infrastructures évoluent comme le prévoit la modernisation du stade, le tournoi doit améliorer toute la partie technologique. Un exemple simple : aujourd’hui, il est très compliqué de se connecter en Wi-Fi et d’accéder à des contenus digitaux dans le stade. Roland Garros possède des fournisseurs de très haut niveau, comme IBM et sa technologique avancée : elle pourrait être démultipliée pour que la plupart des acteurs, comme le public et la presse, puisse en profiter. Mais l’autre grand point essentiel, c’est la fluidité, qui est le principal service d’un événement sportif. A l’US Open, tout est fait pour ne pas faire attendre le public, c’est un petit peu la méthode américaine. Malgré les efforts qui sont faits et les services proposés, Roland Garros est clairement en retard là-dessus. La restauration, les temps d’attente… Sur cet aspect, c’est vraiment devenu le quatrième Grand Chelem, voire le sixième, car Indian Wells et Madrid sont encore plus fluides. Ces deux tournois ont des infrastructures modernisées, de la place mais aussi une stratégie de services que Roland Garros ne peut pas mettre en place dans l’infrastructure actuelle. Et je ne suis pas certain que dans le nouveau stade, cela soit vraiment optimisé. Ça sera quand même amélioré, mais à priori comme au Stade Vélodrome ou au Parc des Princes : mieux qu’avant sans que cela soit optimisé. C’est un mal français : nos infrastructures ne sont pas initialement construites pour réduire le temps d’attente.

A suivre mercredi : la seconde partie de l’entretien, où l’on parlera notamment du digital et des droits TV à Roland Garros

Propos recueillis par Sacha Acco

2 commentaires to "« Roland Garros ? Clairement pas le plus innovant » (1/2)"

  1. Pertinax dit :

    Un point de vue pondéré intéressant, qui manque dans le débat point-godwinesque actuel.

  2. pm dit :

    Vu quelques matches (1/8); les tribunes n’ont été que rarement bondées. Peut être qu’en finale ??? Encore que si c’est Ferrer/Nishikori, va pas y avoir foule… Investir (pour des people, car la pratique du tennis n’est plus « à la mode ») afin de remplir une arène 1 après midi par an, ça fait cher ! Bien d’accord que, si développement il doit y avoir, ce soit « ailleurs ».

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