Jean-Paul Loth, une balle dans la peau

Jean-Paul Loth est de ceux que l’on appelle « les bons clients ». Pas avare en mot, le genre à prendre son temps lorsqu’il parle tennis. « Ah, mais ça fait déjà trois quart d’heure ! » s’exclame t-il à la fin de notre interview.

Loth

Pour Jean-Paul Loth, 75 ans, le tennis, c’est beaucoup de choses. « Toute ma vie professionnelle, déjà. Une grosse part de ma vie personnelle », aussi. Une passion, surtout, pour la petite balle jaune et le beau jeu. Loth, né à Strasbourg, a touché à tout dans le tennis. De son rêve de devenir un grand joueur, sur lequel il a vite dû tirer un trait, à ses années d’entraîneur reconnu, avant de passer par la Fédération, au poste de Directeur Technique National. Puis « un jour, je me suis proposé pour commenter des matchs à la télé, parce que je trouvais que ceux que j’y entendais, à la fin des années 70, ne convenaient pas pour que les gens s’intéressent au tennis, raconte t-il. Ces commentaires étaient très négativistes, particulièrement envers les femmes. Moi, ce qui m’intéressait, c’était d’amener de plus en plus de gens vers le tennis et de faire en sorte qu’ils apprennent quelque chose ». Des dizaines d’années plus tard, de nombreux tournois commentés à son actif et désormais sur Eurosport, après TF1 et France Télévisions, Loth « s’amuse à commenter, à transmettre [ma] connaissance du jeu ».

Alors forcément, impliqué dans le monde du tennis dès son enfance, l’homme, très actif aujourd’hui entre ses activités sportives, professionnelles ou même avec la gestion de son association (Attitude Seniors, qui se penche sur les droits des seniors), a vu défiler beaucoup de joueurs, de matchs, d’émotions. « Il est très complexe de définir un meilleur souvenir en particulier, et j’ai presque l’obligation de ne pas me limiter à un seul, avec tout ce que j’ai vécu, explique Loth. Immédiatement, ce qui me vient à l’esprit, c’est le bonheur incroyable, l’éblouissement que j’ai eu le jour où j’ai pu passer de la planche en bois à une raquette avec un cordage » se remémore t-il avec plaisir. Lui reviennent alors « l’épopée de Patrick Proisy que j’ai amené en finale de Roland Garros », « la finale de l’équipe de France de Coupe Davis en 1982 quand j’étais sur le banc », « la victoire magique de Noah un an plus tard » ou encore « quand j’ai sorti le Centre National d’Entraînement alors que personne n’en voulait ». Et derrière le micro de commentateur ? « La victoire de Forget sur Sampras à Lyon en 1991, que je ne suis vraiment pas prêt d’oublier. Et il y a aussi mon record, qui est je pense toujours d’actualité : en 1996, pour la finale de Coupe Davis Suède-France, j’ai passé plus de 11 heures d’affilée à l’antenne à commenter le dimanche, raconte celui qui fut candidat à la présidence de la FFT en 2005. Ce fut un moment formidable : Arnaud Boetsch, agenouillé sur le court après sa victoire, et nous, avec Michel Dhrey, à se regarder après 11h15 de commentaires (rires) ! ». Oui, vous l’aurez compris, la boîte à souvenirs de Jean-Paul Loth est bien garnie.

« Les évolutions ? Je suis très moderniste »

Fin observateur du jeu, réputé pour certaines de ses expressions (on peut dire qu’il a « remis à la mode » le « fameux septième jeu » au cours duquel un match est censé pouvoir tourner), Jean-Paul Loth est bien placé pour commenter les évolutions que n’a cessé de connaître le tennis ces dernières années. « Je suis très moderniste, et je n’ai aucun regret du tennis d’antan. Pour moi, le grand changement, c’est que le tennis est devenu un sport infiniment plus athlétique qu’il ne l’était, mais beaucoup moins technique » avance le capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis de 1980 à 1987. « Quand je vois des Federer, Djokovic, Nadal et Murray, je me régale ! Je trouve cela formidable, à quel point le niveau de pratique a évolué ».

Mais attention ! Si vous en veniez à discuter avec Jean-Paul Loth du manque de succès des Français, certains arguments sont à éviter. La culture de la gagne absente et le manque d’ambition, par exemple. « Ce sont des choses inscrites dans les discours de café. C’est tellement utilisé que ça en devient parfois aberrant, ridicule. J’ai parcouru les circuits mondiaux, et je peux vous garantir que les Français n’ont pas moins envie de gagner que les autres ». Se lance alors une cascade de questions : « Dans ce cas-là, pourquoi les Anglais, dont on dit tellement qu’ils ont cette culture de la gagne, ont attendu 80 ans avant de trouver un successeur à Fred Perry ? Pourquoi les Allemands de formidables gagneurs, n’ont pas trouvé les nouveaux Becker et Graff ? Pourquoi les Roumains, eux aussi réputés gagneurs à l’époque de Nastase et Tiriac, n’ont plus de joueurs parmi les meilleurs ? ». Alors pour Loth, si « le mental a son rôle », « les Français sont malheureusement moins bons que les tous meilleurs physiquement, techniquement et tactiquement, et vous avez beau avoir envie, quand vous avez autant à combler, c’est très compliqué ».

« La FFT fait trop pour les joueurs »

Durant ses années de DTN, pendant lesquelles Loth a mis beaucoup de nouvelles choses en place, comme le CNE, et lancé un certain nombre de programmes, dont certains sont toujours en marche, le Strasbourgeois a également contribué à améliorer un système français qui, pour lui, n’a qu’un seul défaut. « Dans chaque système, il y a des carences, et la principale carence de la FFT, c’est que l’on fait trop pour les joueurs. La Fédération a la chance d’avoir un Grand Chelem, donc des moyens, qui sont notamment investis dans la formation des joueurs. Sauf que ces joueurs commencent à s’occuper d’eux-mêmes uniquement quand ils le désirent, c’est-à-dire quand ils commencent à gagner de l’argent. Or, ils doivent se prendre en main pour arriver au bout de leurs ambitions, sans pour autant que la FFT les délaisse totalement ».

Les trois quarts d’heure sont presque passés et JPL doit raccrocher pour aller en rendez-vous (lorsque l’on dit qu’il est très actif…). Juste le temps de nous glisser quelques noms de ses références, dans le monde du tennis – « Lewis Hoad, dans les années 50, Becker et Edberg ensuite. Aujourd’hui, j’aimerais beaucoup que Dimitrov perce au plus haut niveau, car il a vraiment le type de jeu que l’on a envie de voir » – et de nous dire qu’il devrait être de retour sur Eurosport dès mai. *Bip bip bip*.

Propos recueillis par Sacha Acco

Crédit photos : AFP (article et encadré)

L’Équipe (Une)

6 commentaires to "Jean-Paul Loth, une balle dans la peau"

  1. amiral91 dit :

    Un grand respect pour ce monsieur, qui a su dès ma jeunesse, avec ses commentaires faire en sorte que je m’interesse au tennis.

    Merci à vous monsieur Loth.

  2. Merci Sacha d’avoir ouvert ton micro à ce grand monsieur du tennis français.

    Jean-Paul Loth, sans avoir joué personnellement à un très haut niveau, a su se révéler un remarquable technicien au service du haut niveau français dans les années 70-80. Il a su aussi intéresser un public nombreux (sinon le grand public) aux mystères du tennis.

  3. Parot Marcel dit :

    Jean Paul, ça fait cinquante ans que son nom facile à retenir m’apparait dans l’Equipe ou à la radio soit comme joueur soit comme entraineur et surtout comme commentateur. Dans ce dernier poste, il n’y a pas mieux. Son analyse est toujours complète, tenant compte des qualités et des défauts des joueurs. Impartial mais enthousiaste, il sait vous donner le frisson qu’on ressent sur le court.

  4. Gallais dit :

    commentateur oui mais comme entraineur, cela laisse à désirer en comparaison de certains: Noah, Forget donc remettre à la place qu’il se doit au lieu de l’ensencer

  5. Jean Claude Gabbero dit :

    Un très grand monsieur …un vrai pro logique dans toute sa démarche …le tennis en général et le tennis francais en particulier lui doit beaucoup car il a su donner envie, il a été présent dans tous les événements depuis les années 70 et il continue à être pertinent …et il a raison que de chemin parcouru et qu’elle évolution dans ce sport !
    merci jean Paul Loth pour avoir apporté de nombreuses pierres à l’édifice tennis

  6. ERIC dit :

    Encore un superbe article qui me réjouis une fois de plus.
    Je ne sais pas comment tu fais, mais chapeau bas , pour ton travail pour nous donner autre chose que des articles sur les statistiques ou analyses de matchs.
    Merci

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