« Développer le sport chez la femme arabe »

Selima Sfar Selima Sfar of Tunisia plays a backhand in her match against Dinara Safina of Russia during day one of the WTA Barclays Dubai Tennis Championships at the Dubai Tennis Stadium on February 25, 2008 in Dubai, United Arab Emirates.

Première joueuse tunisienne et arabe à intégrer le top 100, Selima Sfar est une figure bien connue du tennis féminin. Retraitée des courts depuis 2011, celle dont le travail à beIN SPORTS l’oblige à rester proche du circuit professionnel décortique le tennis arabe et ses problématiques, et dresse le bilan de l’IPTL, elle qui a fait partie de l’organisation.

Le tennis arabe et le problème de la formation

Selima Sfar reste à ce jour la meilleure joueuse arabe de l’histoire de la petite balle jaune. Alors la Tunisienne nous semblait logiquement la plus à même d’analyser l’état actuel d’un tennis arabe somme toute peu développé. Un tennis dont, le temps des Marocains El Aynaoui, Arazi et Alami passé, la Tunisie fait figure de leader, avec Malek Jaziri (74ème ATP) et Ons Jabeur (143ème WTA) en têtes d’affiche. « Il y a un écart assez conséquent derrière Malek et Ons et il n’y a pas de relève immédiate, de jeunes avec des résultats probants. Il est important de mettre l’accent sur les meilleurs, mais il faut garder autant de motivation pour les joueurs et joueuses moins bien classés, prévient Sfar. La Fédération Tunisienne a fait l’erreur, jusque ici, de mettre le paquet sur ses têtes d’affiche et de quelque peu oublier la formation des futures générations » rappelle t-elle.

L’ex 75ème joueuse mondiale, très active depuis la fin de sa carrière, cible clairement le point important qui fait aujourd’hui défaut au tennis arabe : « Il y a un travail et des efforts à faire sur le long terme au niveau de la formation. Elle doit être développée, car à mon sens, tout passe par elle ». Exemple avec les entraîneurs : « Amener de France ou des États-Unis un très bon entraîneur, ça coûte très cher, et il ne s’occupe pas de 20 ou 30 joueurs à lui tout seul. Il faut donc former nos propres coachs sur place, qui formeront à leur tour et passeront le message dans les clubs ». Pour le moment, il s’agit de la principale raison poussant les jeunes joueurs pouvant se le permettre à partir à l’étranger tenter leur chance là où ils trouveront de meilleures conditions d’entraînement : « J’ai quitté la Tunisie à 13 ans, car je n’aurais jamais pu réussir en restant ici. Or, c’est un engagement émotionnel et financier exceptionnel pour un(e) adolescente de quitter sa famille comme ça, et ce n’est pas à la portée de tous, conçoit la Tunisienne. C’est pourquoi même si on peut faire des stages et des tournois dans les autres pays, il est important d’avoir une base chez soi, et donc que la formation soit améliorée ».

Autre facteur pouvant éventuellement rentrer en compte : les moyens financiers. « C’est à double tranchant » nuance l’ancienne joueuse : « Certes le tennis coûte cher, mais on peut trouver beaucoup d’exemples de joueurs partis de presque rien, comme des joueurs de l’Est, à l’instar de Djokovic ». Le tout étant bien sûr de savoir utiliser les moyens à disposition : « Je préfère avoir un petit budget bien utilisé plutôt que le contraire. C’est aussi une question d’expérience, et les gens qui prennent les décisions doivent en avoir pour amener le tennis arabe dans la bonne direction ».

« Développer le sport chez la femme arabe »

Si elle ne vit pas en Tunisie, et que ses activités l’obligent à beaucoup voyager, Selima Sfar reste centrée sur un objectif qui lui est très cher : « développer le sport chez la femme arabe ». Elle s’explique : « Lorsque l’on dit ‘on a pas assez d’athlètes dans le monde arabe‘, si on va vraiment au fond de la question, on remarque qu’aujourd’hui, dans le monde arabe, on a pas assez la culture du sport. Pour la développer, cela s’étale sur plusieurs générations, donc on en vient aux parents. Et qui a généralement une influence très spécifique sur l’éducation d’un enfant ? La mère » résonne la native de Sidi Bou Saïd. « Attention, je ne dis pas que le père n’est pas important, bien au contraire, mais l’influence de la mère est tout de même très puissante. Or, si la mère n’a pas en elle cette culture du sport, comment peut-elle la transmettre à son enfant ? C’est impossible. C’est pourquoi je pense qu’encourager les femmes à faire du sport, c’est ce qui donnera envie aux familles toutes entières d’en faire, et c’est ce qui fera que le sport sera un élément important de l’éducation ». Sfar donne aujourd’hui beaucoup de conférences à ce sujet là, et assure avoir « quelques grands projets » dans le but de faire bouger les choses.

L’IPTL, « un projet formidable pas pris au sérieux »

L’International Premier Tennis League, ou l’IPTL, a beaucoup fait parler dans le monde du tennis cette année. Cette compétition au format de match court (un set) et se jouant par équipe a réuni une bonne partie des meilleurs joueurs et joueuses du monde. « Cela faisait trois ans que l’on travaillait très dur avec Mahesh Bhupati sur ce projet, raconte la Tunisienne. Et ça a été un très grand succès, ainsi qu’une très grande expérience sportive pour moi ». Mais Sfar, chargée de la liaison entre les joueurs et l’organisation, déplore la couverture médiatique : « On a attendu de voir, mais l’IPTL n’a pas vraiment été prise au sérieux, surtout en Europe. C’est dommage parce que c’est un projet formidable pour la promotion du tennis, qui attire du monde. Ce n’est pas une exhibition : on a mélangé l’aspect fun, le spectacle pur avec la volonté de gagner et de faire gagner son équipe ».

L’ancienne top 100, qui endosse occasionnellement la casquette de coach pour aider Malek Jaziri,  conçoit cependant les critiques laissant penser que les dotations particulièrement attrayantes de l’épreuve ont été la principale source de motivation des participants : « Il ne faut pas être hypocrite : si les joueurs ne sont pas payés, ils ne viennent pas. Mais c’est partout pareil, ce n’est pas spécifique à l’IPTL Quand un tournoi offre une grosse garantie financière aux joueurs, ils y vont. Il ne faut pas oublier que c’est un métier, en plus d’une passion ». Elle poursuit : « Si des joueurs très professionnels comme Federer et Berdych font le choix de venir jouer ici, c’est qu’au final, dans la balance, ce n’est pas mauvais pour eux. Et les matchs commençaient à 16h ou 19h30, pour laisser la journée aux joueurs qui sont en pleine période foncière, ce qui est normal. Puis ils jouaient leur set le soir, pour conserver en quelque sorte le côté ‘compétition’ de leur préparation ».

Propos recueillis par Sacha Acco

Crédit photos : L’Équipe (Une)

AFP/M.Naamani (encadré)

Julian Finney/Getty Images Sport (article)

2 commentaires to "« Développer le sport chez la femme arabe »"

  1. sidi bou said dit :

    Bravo à Sélima de promouvoir le sport chez la femme arabe. C’est une des voies à renforcer pour que les femmes aient leur vraie place dans le monde arabe et une des voies pour lutter contre l’obscurantisme ambiant. Il n’est pas neutre que cette jeune athlète vienne de Tunisie.

  2. The game is also accessible on iOS and Android and usually rated far more highly than the Minecraft Pocket Edition by players.

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